Le goût de la Meuse

Le premier thème 2022 du rendez-vous #EnFranceAussi (chapeauté par Martine du blog Mart’in Trip est dédié aux « itinéraires gustatifs ». Je saisis donc l’occasion pour vous emmener faire un tour de la Meuse à la découverte de nos meilleurs produits du terroir !

En route pour la Meuse, une nouvelle fois ! Après un premier article introductif publié trois mois après mon déménagement en Meuse, je vous avais montré que c’était un département aux paysages bucoliques, propices aux balades à pied ou à vélo ! En planchant il y a quelques semaines sur le thème « itinéraire gustatif », j’ai réalisé qu’il y avait pleins de chouettes petites choses à manger par ici :

Allons donc sillonner les routes du département pour découvrir le goût de la Meuse… Pour finir, je vous donnerai aussi quelques bonnes adresses où retrouver tous ces produits… et bien d’autres encore !

1.   La célèbre Madeleine de Commercy

C’est sans doute la spécialité meusienne la plus connue, même si tout le monde ne situe pas aisément Commercy sur une carte de France. Pas besoin de vous faire un dessin, la Madeleine est un petit gâteau individuel, moelleux et bossu, cher à Marcel Proust.

Issu de la cuisine paysanne, il aurait été popularisé au milieu du XVIIIe siècle, à la suite d’un petit incident survenu au château de Commercy, l’une des résidences du Duc de Lorraine et ancien roi de Pologne, Stanislas Leszczynski.

devant du château de Commercy avec la toiture gelée
Le Château de Commercy

Lors d’une réception, le pâtissier fâché contre ses supérieurs disparaît, laissant les convives sans dessert. Une des servantes du château se serait alors affairée pour réaliser une recette de sa grand-mère, qu’elle connaît sur le bout des doigts, et ainsi sauver la fin du repas. Ses convives émerveillés, le Duc Stanislas demanda à rencontrer l’auteure du gâteau et décida de lui donner son nom : Madeleine.

C’est aujourd’hui un grand classique du goûter français et on trouve des lieux de production dans toutes la France. Si vous passez par Commercy, rendez-vous dans la belle boutique A la cloche lorraine, dans le centre-ville, pour faire le plein de ce beau produit, ou encore à la Boîte à Madeleines, dans la zone artisanale.

A côté de la boutique, la cuisine où sont fabriquées les madeleines
La boîte à madeleines : A côté de la boutique, la cuisine !

L’avantage de cette seconde adresse, c’est que vous pourrez observer la fabrication des madeleines depuis les vitres de la boutique, qui donnent directement sur la zone de production. On peut y déguster des madeleines tout juste démoulées, moelleuses à l’intérieur et avec les bords légèrement croquants – un délice !

2.   La Dragée de Verdun

On a tous déjà mangé des dragées, à un mariage ou à un baptême. Elles sont souvent présentées en petits ballotins qui servent à la fois de décorations de tables et de souvenirs que les invités rapportent chez eux. J’ai le souvenir de paquets de dragées laissés en exposition pendant parfois plusieurs semaines, voire mois, avant que quelqu’un de la famille ne décide de les entamer !

Ce petit bonbon a été inventé à Verdun, au XIIIe siècle, par un apothicaire qui cherchait apparemment un moyen de mieux conserver les amandes et a décidé de les enrober de sucre et de miel.

4 ballotins de dragées, estampillés Dragées Braquier, deux sont des dragées blanches, deux sont multicolores.
Blanches ou multicolores, il y en a pour tous les goûts !

Le succès de l’alliance de ces ingrédients en fit ensuite une confiserie appréciée dans les milieux mondains, à la cour de Louis XIV puis diffusée dans toute l’Europe grâce à la famille Médicis. On lui reconnaissait des vertus digestives mais aussi la faculté d’éviter la stérilité – d’où sa présence à la table des grands événements familiaux comme les mariages !

Aujourd’hui, la fabrique de dragées Braquier à Verdun propose de découvrir gratuitement comment ces petites confiseries sont produites et bien sûr, d’en déguster ! Une boutique à la fin du parcours vous permettra de faire le plein pour vos prochains événements.

3.   La confiture de groseilles de Bar-le-Duc

Le chef-lieu du Département n’est pas en reste en ce qui concerne les spécialités gastronomiques. Sans doute moins connu que les deux premières spécialités, il s’agit pourtant là d’un des plus étonnant produit de la Meuse. Le « caviar de Bar-le-Duc » est une confiture de groseilles, épépinée à la plume d’oie. Je vous laisse donc imaginer le travail que cela représente !

Photo à venir

Cette tradition remonte à des temps immémoriaux, mais on trouve trace de cette confiture à partir de 1344 dans des rapports d’affaires juridiques ou dans les comptes de la Ville car il s’agissait d’une denrée de luxe que l’on pouvait offrir en remerciements ou en échange d’aide et de protection face aux attaques extérieures.

La Maison Dutriez, à Bar-le-Duc, se présente comme la seule entreprise familiale produisant de la confiture de groseilles épépinées à la plume d’oie. Dans la boutique, vous retrouverez ce produit d’exception. Comptez 21€ pour une verrine de 100g de confiture. Sur leur site web, on apprend que des personnages célèbres tels Marie Stuart et Alfred Hitchcock, était de grands amateurs de cette confiture !

Si la Maison Dutriez est la seule à fabriquer et commercialiser ce produit, de nombreuses familles locales continuent à perpétuer cette tradition pour leur usage personnel, et à transmettre le savoir-faire des épépineuses !

4.   Le Brie de Meaux

Vous pensez sûrement que je me moque de vous, mais pas du tout ! Je fus la première étonnée de découvrir que le périmètre de production de l’AOC/AOP « Brie de Meaux » couvre une grande partie du territoire meusien, bien que Meaux, en région parisienne, soient à environ 200km de Bar-le-Duc !

tranche de brie de Meaux sur papier blanc, on voit la croûte bien blanche et la pâte parsemée de trous
Brie de Meaux, tout frais du marché !

Le Brie de Meaux est un fromage à pâte molle, obtenu à partir du lait de vache. Il a une forme de cylindre plat pouvant varier entre 36 à 37 cm de diamètre et pèse entre 2,6 et 3,3 kg – c’est un beau bébé !

Si son aire de production est aussi étendue, c’est parce qu’elle correspond à une région naturelle, la Brie, qui se situe entre l’Île de France et la Lorraine. Ses paysages sont composés de grands plateaux, propices à la culture céréalière, ponctués de vallées, plus adaptées pour du pâturage et donc de l’élevage. Une forme de polyculture a donc pu s’y développer et la paille produite par les moissons sert à la litière des vaches. L’utilisation de la paille est même obligatoire pour le couchage des bêtes dans les étables – comme le détermine le cahier des charges très précis de l’AOP « Brie de Meaux ». Je vous invite à le feuilleter si vous êtes curieux !

En ce qui concerne la Meuse, la fromagerie Dongé à Cousances-les-Triconville fabrique un brie de Meaux régulièrement primé pour sa grande qualité.

5.   La Bière de Meuse

On vient donc de déguster des madeleines, des dragées, de belles tartines de confiture de groseilles et du brie de Meaux… ne serait-il pas temps de se désaltérer un peu ?

Au mois de novembre, j’ai visité le Musée de la Bière à Stenay, dans le nord du Département de la Meuse. Un musée très complet, avec une très belle muséographie, et qui se termine par un bar pour une petite dégustation… le top !

grand corps de bâtiment longitudinal en arrière-paln avec une tour à l'extémité gauche. Devant, le jardin avec les plantes utilisées dans la fabrication de la bière
Le Musée de la Bière et son jardin

Au XIXe siècle, près de 40 brasseries étaient actives sur le territoire meusien, avant que cette activité ne décline à l’aube de la première guerre mondiale, à cause d’une concurrence soutenue (notamment par les voisins belges) et la fusion de nombreuses entreprises. La tradition brassicole ne s’est pas pour autant perdue et un nombre croissant de micro-brasseries a vu le jour depuis le début des années 2000.

bière Dunoise, dans un verre arrondi, la bouteille est posée à côté
Dégustation à la taverne du Musée

Une de mes marques préférées est la Brasserie de la Saulx, pour ses bières variées et les jolies étiquettes portant des dessins d’insectes. J’ai aussi apprécié une Dunoise blonde lors de mon déjeuner à la Taverne du musée. Le nom dérive de la commune de Dun-sur-Meuse dans laquelle elle est produite.

6.   Le vin des Côtes de Meuse

Direction le Parc Naturel Régional de Lorraine à présent, dans sa partie meusienne bien sûr ! Les côtes de Meuse désignent une partie du territoire avec des coteaux propices au maraîchage et à la viticulture. Si elles sont principalement connues pour leurs vergers de mirabelliers, elles sont également le lieu de production de vins portant l’appellation IGP Côtes de Meuse.

vue d'une cour ouverte sur le paysage, bâtiments bas et anciens de part et d'autre
Depuis Vigneulles-lès-Hattonchatel, de belles vues sur les Côtes de Meuse

L’IGP Côtes de Meuse couvrent des vins dits « tranquilles » (non effervescents), rouges, blancs, gris ou rosés. Les cépages utilisés sont le Pinot Noir, l’Auxerrois, le Chardonnay et le Gamay [1].

La tradition viticole en Meuse est ancestrale, elle date probablement de l’Antiquité. Au début du XIXe siècle, le département était parmi ceux qui comptaient le plus de vignes en France ! Malheureusement, l’apparition de la phylloxera, insecte porteur d’une maladie pour les ceps, détruira une grande partie du vignoble meusien à partir de 1905. Les combats de la première guerre mondiale n’aidèrent pas non plus, tout comme la rude concurrence apportée par le Champagne à proximité.

deux bouteilles de vin des côtes de Meuse
Côtes de Meuse gris et rouge

Depuis les années 1970, la plantation par quelques vignerons de cépages nobles et résistants à la maladie a permis au vin des Côtes de Meuse de renaître, et de gagner chaque année un peu plus en notoriété !

7.   Les lorgnons de Ligny

Allez, une dernière petite gourmandise avant de se quitter ? Elle est made in Ligny-en-Barrois, la ville où j’habite et dont je vous ai déjà parlé ici.

Il s’agit du « lorgnon », un petit chocolat en forme de disque, rempli d’une ganache à la groseille. Il est produit par la pâtisserie Voiriot, en plein centre-ville. Le nom et la forme de cette confiserie fait référence à l’histoire industrielle de la ville, notamment dans le secteur de l’optique ! Au milieu du XIXe siècle, Ligny-en-Barrois est en effet devenue le berceau de la fabrication de verres de lunettes et objets de précision et l’entreprise Essilor y est encore implantée de nos jours.

boîte de 15 chocolats estampillés "lorgnon linéen"
Une boîte de lorgnons au chocolat blanc, au lait ou noir.

Mais la légende raconte que le lorgnon fut inventée par mégarde par Léonie, une vieille dame de Ligny, qui aimait cuisiner. Perdant la vue, elle aurait confondu un pot de praliné et un pot de confiture au moment de préparer sa ganache. Vous retrouverez la légende en entier dans les confections de lorgnons disponibles à la pâtisserie !

Où retrouver toutes ces belles spécialités ?

Les fous de terroir
13 rue du Château, 55190 VOID-VACON
(Le plus complet, vous y retrouverez l’ensemble des produits, et bien plus encore, le tout dans un charmant village lorrain !)

A la Lorraine – Maison Dutriez
35 rue de l’Etoile, 55000 BAR-LE-DUC

Boulangerie Pâtisserie Voiriot
29 rue du Général de Gaulle 55500 LIGNY-EN-BARROIS

Ma jolie crèmerie
6 quai Victor Hugo, 55000 BAR-LE-DUC
(Pour les fromages mais aussi une large sélection de bières de Lorraine !)

La Boîte à Madeleines
ZAE La Louvière, 55200 COMMERCY

A la cloche lorraine
8 place Charles de Gaulle, 55200 COMMERCY

Alors, vous aussi vous avez faim à la fin de cet article ?
Vous avez déjà goûté ces spécialités ?


[1] Informations à retrouver (avec beaucoup d’autres), sur le site : https://www.vinsvignesvignerons.com/Regions/Lorraine/cotes-de-meuse

14 commentaires sur « Le goût de la Meuse »

  1. Quelle belle sélection ! Hormis le brie, tout me fait envie ! Les spécialités à la groseille notamment, un fruit sous-estimé je trouve 😋 Dans les Côtes de Meuse, on était tombées sur une coopérative agricole avec plein de produits à la mirabelle, je crois qu’on a dévalisé la boutique 😇

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    1. Arf, moi c’est le brie que je préfère ^^ mais chacun ses goûts, je respecte !! Ah oui les mirabelles ça j’adore aussi, en déménageant ici j’étais super contente de me dire que je déménageais dans la région de ces petits fruits estivaux 🙂 mais la saison 2021 a été moyenne pour la récolte !

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  2. Hello, ici encore, il y en a pour tous les goûts ! J’ai un faible pour la madeleine et le brie, mais je ne savais pas du tout que la région était connue pour sa confiture de groseilles. J’adore ça, donc je mettrais sur ma liste de trucs à ramener la prochaine fois!

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    1. Oui, la confiture de groseilles était une belle découverte pour moi aussi en arrivant ici, je n’avais jamais entendu parlé de cette spécialité et des épépineuses avant de débarquer en Meuse !

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  3. C’est un coin de France que je ne connais que très peu, mais le découvrir ou redécouvrir de cette façon, cela me dit bien !! De toutes façons, je considère que les régions de France sont à découvrir par leur gastronomie et oenologie. 🙂

    Aimé par 1 personne

  4. J’aimerais bien goûter les lorgnons moi ! Autrement, les madeleines, c’était un élément quasi récurrent de mon goûter quand j’étais petite. D’ailleurs, je m’en achète encore très régulièrement.

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